Carpe Noctem
Tout le monde connaît l’expression latine Carpe Diem : cueille le jour, qui nous invite à profiter de chaque instant comme s’il s’agissait du dernier. Ainsi, dans cette optique, chacun a ses moyens, ses manières, de jouir de ces petits moments privilégiés, qui embellissent le quotidien.
Il y a quelques années, tandis que de trop longues nuits d’insomnie chronique me faisaient pester, je réalisais que ne pas réussir à dormir, c’était aussi bénéficier de temps libre supplémentaire. Le cinéma et la musique occupèrent alors ces heures perdues.
Aujourd’hui, même si je ne suis plus insomniaque, j’ai encore dans la tête l’idée de ne pas avoir assez profité de ces moments, même s’ils n’étaient que semi-conscients. Alors, en faisant appel aux mécanismes de l’imaginaire et de la frustration, je veux cueillir la nuit : construire, et donc vivre, du non-vécu. Inventer un passé qui, pourtant, était à portée de main. Dans une démarche plasticienne, l’outil photographique intervient donc comme une fabrique à anti-souvenirs, telle une machine à créer de la mémoire fantasmée.
Biographie
Pierre Ollier est né en 1985. Gamin, il respire les chimies du labo noir et blanc de son père, installé dans le garage de la maison familiale. A vingt ans, il se couche tard, obtient deux licences à la fac, mais préfère quand même sécher les cours pour écouter des disques et donner son avis dans Rolling Stone. Trois ans plus tard, il redécouvre l’odeur du révélateur Tetenal et s’applique à la confection de ses propres tirages, qui donneront lieu à deux expositions, dont une à Paris. Aujourd’hui, après avoir auto-édité Une Minute de Nuit, son premier livre de photographies, il ne sèche plus les cours, mais n’arrive pas pour autant à se coucher tôt.




