Condition(s) corporelle(s)
Fascinée par le corps et ses multiples représentations, j’ai voulu approfondir mon introspection sur le rapport qu’entretient l’être humain vis-à-vis de celui-ci.
Dans les sociétés occidentales modernes, le rapport au corps est héritier de la morale judéo-chrétienne, qui sépare le corps et l’esprit. L’enveloppe charnelle est assimilée au péché, elle est immanente et disparaît après la mort. L’âme lui survit, elle est transcendante et éternelle. Quelles que soient les croyances, notre rapport au corps est marqué par cette dichotomie.
Quel sens a le corps séparé de son esprit ? Quel sens conserve-t-il, dès lors qu’il est dépouillé de la substance qui l’anime et plus loin, de l’environnement, de l’endroit et de la culture dans lesquels il « vit » ?
En poussant ce raisonnement, on peut même considérer que, dès lors que l’on a vidé le corps de son esprit, plus rien n’empêche de le « démembrer ».
C’est cette tension de notre rapport au corps dans notre société que je veux interroger et cela, en tournant autour de lui, ou en le contournant.
L’ambition de ce projet est de faire parler le corps par l’image ; de rendre compte de son état dans l’espace, de sa condition dans une situation ou un lieu ; de faire parler ce corps gorgé d’effervescence, de perception : de vie.
Le corps est un support opulent de possibilités d’expressions que je compte bien révéler à travers l’image à l’aide d’allégories, d’objets et de mises en scène.
Mais fondamentalement, c’est la séparation entre le corps et l’esprit qui est le vecteur d’une mise à distance du corps. C’est cette distinction qui fait que le corps, enveloppe charnelle du sujet qui agit, devient lui même objet de réflexion et, ainsi, la vitrine de l’âme.
Biographie
Enfant, la photographie rythmait déjà mes souvenirs. A cette quête obsessionnelle de la réminiscence s’est ajoutée avec le temps une préoccupation sur l’esthétisme photographique, ainsi que son rôle aux yeux du monde. Aussi, un intérêt s’est révélé grandissant pour le corps, pour ce qu’il représente, ce qu’il dégage émotionnellement, sur ce « présentoir » vivant des émotions qui émanent de l’âme.
Tout ce qui a trait au corps humain jusqu’aux objets le représentant, comme les vanités, mannequins et mains en plastique, présentés dans les vitrines, me fascine. Ces sujets nourrissent mon travail photographique et sont fréquemment présents dans mes images. C’est une véritable source de curiosité et d’inspiration.
Plusieurs de mes travaux photographiques avec le corps comme protagoniste, traitent du « poids des médias sur le corps », des sens personnifiés par des membres, de la stimulation que l’addiction ou un environnement extérieur comme la ville exercent sur eux, ainsi que de plusieurs séries de portraits et de nus.




